Il lance un défi « générationnel », nécessaire à la survie des États-Unis tels qu’on les connait
Dans un discours charnière rappelant celui de John F. Kennedy à propos de la course de l’espace, Al Gore a lancé un appel visant à complètement éliminer le charbon, le gaz naturel, le pétrole et la filière nucléaire du secteur électrique d’ici dix ans.
Ces quatre sources produisent plus de 91 % de l’électricité aux États-Unis.
Les États-Unis doivent immédiatement s’engager dans une telle direction pour contrer les changements climatiques, certes, mais également pour des raisons économiques et sécuritaires, a expliqué l’ancien vice-président américain aujourd’hui à Washington.
M. Gore espère que le prochain président des États-Unis, qui qu’il soit, relèvera ce défi. John McCain et Barack Obama sont déjà « bien en avance » par rapport à la moyenne des politiciens, selon M. Gore.
Selon l’Alliance for Climate Protection, que dirige Gore, une telle transformation coûterait entre 1500 et 3000 milliards de dollars.
Le défi est pour le moins ambitieux.
En 2007, seulement 8,4 % de l’électricité générée aux États-Unis étaient de sources renouvelables, l’hydroélectricité représentant 70 % de ce sous-secteur. Or le potentiel hydroélectrique est presque complètement exploité dans ce pays.
L’Energy Information Administration prédit pour sa part que le charbon, le gaz naturel et le pétrole continueront de répondre à 83 % des besoins énergétiques des États-Unis…en 2030. Cette prévision déborde du secteur électrique pour inclure notamment les transports, où la prédominance du pétrole est écrasante, mais elle souligne tout de même l’ampleur du défi.
L’objectif est toutefois réaliste, selon M. Gore, notamment à cause de la réduction importante des coûts reliés aux nouvelles énergies (solaire, éolien et géothermie). Avec la hausse vertigineuse du prix du pétrole et du charbon, voilà que l’économie de l’énergie vient de changer « radicalement ».
Il avoue d’emblée qu’il s’agit d’un challenge pour tous les Américains : « politiciens, gens d’affaires, innovateurs, ingénieurs et chaque citoyen ».
Les investissements très importants qui devraient être consentis à de nouvelles infrastructures dans le secteur électrique seront rentables : « C’est coûteux mais pas comparativement au coût croissant que représentent les énergies fossiles ».
Il ajoute de plus que les grands travaux qui devraient être faits sur les interconnexions du réseau électrique devraient de toute manière avoir lieu.
Selon M. Gore, une promesse politique de faire quelque chose dans quarante ans « ne veut rien dire ». Il a donc choisi un échéancier très serré pour cette raison, mais également parce que la communauté scientifique internationale croit qu’il faut renverser la vapeur en matière de gaz à effet de serre au cours de la prochaine décennie, précise-t-il.
Son discours de plus de 3200 mots est très imagé, mais pour le moins chétif en ce qui a trait à des mesures concrètes qui permettraient de relever ce défi colossal.
Les marchés financiers, le prix des maisons et les coûts de l’énergie retiennent actuellement toute l’attention aux États-Unis. Dans ce contexte, il sera intéressant de surveiller la réaction au défi lancé par M. Gore.
Pour aller plus loin :
www.wecansolveit.org Discours d’Al Gore
ap.google.com Associated Press
www.nytimes.com The New York Times
www.latimes.com The Los Angeles Times