Le chef libéral Stéphane Dion a présenté aujourd’hui son plan de taxe sur le carbone qui vise à décourager « le gaspillage et la pollution » pour encourager « les revenus et l’innovation ».
Dans un contexte où les prix de l’essence, mais également du diesel, du gaz naturel et du mazout sont très élevés, le gouvernement Harper se frotte les mains à l’idée d’attaquer les libéraux qui veulent augmenter davantage le prix de l’énergie.
Retour sur une idée qui promet de faire beaucoup parler d’elle au cours des prochains mois.
Une obligation d’agir
Stéphane Dion a décidé d’aller de l’avant avec son idée de taxe sur le carbone malgré une opposition importante au sein de son caucus. M. Dion croit toutefois que le Canada a besoin d’un « leadership courageux […] pour poser les gestes qui doivent absolument être posés ».
Le « tournant vert » des libéraux veut imposer une taxe de 10 $ la tonne de CO2 la première année du programme, qui augmenterait de 10 $ par année pour atteindre 40 $ la tonne en quatre ans.
Plus concrètement, cela se traduirait par une augmentation de 4,9 % du prix du diesel, de 8,2 % de l’huile à chauffage domestique et de 8,4 % du prix du propane après quatre ans. L’essence, qui fait déjà l’objet d’une taxe d’assise fédérale de 10 ¢/litre, serait épargnée du plan Dion.
Le gaz naturel et le charbon seraient également visées par la taxe sur le carbone, mais le plan libéral n’a pas quantifié l’impact prévu de cette ponction sur les prix de l’électricité.
Or les augmentations prévues par le plan Dion sont marginales quand on les compare à la hausse des prix observées depuis deux ans au Canada. Le prix du mazout a explosé de 72 % entre janvier 2006 et juin 2008, tandis que le prix du diesel a bondi de 51 %. Seul le propane a été relativement épargné, augmentant de 10,3 %.
À la lumière de ces chiffres, il est donc pertinent de se demander à quel point la taxe carbone permettra des changements de comportements additionnels, individuels et collectifs, qui n’ont pas déjà été opérés par des augmentations de prix beaucoup plus substantielles.
Une partie de la réponse réside dans la réforme fiscale prévue par le programme Le tournant vert.
Baisses d’impôt
En effet, si le plan libéral prévoit augmenter le prix de l’énergie, il baisserait tout autant les impôts des contribuables et des entreprises.
Les réductions se feraient par pallier progressif, afin d’avantager les ménages à revenus faibles et moyens. Par exemple, un couple avec deux enfants dont le revenu total est de 80 000 $ par année jouirait d’une baisse d’impôt de 1380 $. Un célibataire avec un revenu de 50 000 $ recevrait pour sa part 337 $.
Les entreprises, petites et grandes, profiteraient d’une baisse de 1 % sur le taux fédéral d’imposition, qui passerait de 15 à 14 %.
La stratégie derrière la taxe sur le carbone est donc de décourager l’utilisation des énergies polluantes, ce qui est déjà partiellement accompli par le prix du pétrole, mais également de tenter de remettre les revenus de cette taxe dans les poches des contribuables.
Une telle taxe carbone permet également d’encourager l’adoption des énergies moins polluantes à long terme, indépendamment des aléas du prix de l’énergie.
Le pari vert
Même si Stéphane Dion considère le programme dévoilé aujourd’hui comme « simple », l’ancien professeur devra le vulgariser à maintes reprises au cours des prochains mois.
Peut-être pourra-t-il compter sur l’appui des groupes écologistes, qui sont largement favorables à cette approche, mais qui pourraient hésiter à soutenir aussi ouvertement un parti politique.
Par ailleurs, même le Conseil canadien des chefs d’entreprises est en faveur d’une taxe sur le carbone lorsqu’elle est compensée par des baisses d’impôt.
Face aux attaques concertées des partis d’opposition à Ottawa, et dans le contexte actuel des prix de l’énergie , M. Dion aura besoin de tous les appuis possibles…
Pour aller plus loin:
thegreenshift.ca Le tournant vert
www.ledevoir.com Taxe sur le carbone - Dion plus ambitieux que prévu
www.visiondurable.com Plusieurs groupes écologistes et industriels en faveur d’une taxe carbone