Pendant que les critiques contre les biocarburants fusent au sommet de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), les instances réglementaires américaines ont annoncé hier des mesures visant à diminuer la spéculation sur le cours des denrées alimentaires.
L’engouement américain pour les biocarburants a été dénoncé avec force lors de l’ouverture du sommet de la FAO à Rome hier, et ce par le directeur général de l’organisation onusienne, Jacques Diouf.
Ce dernier s’en est pris aux importantes subventions du gouvernement fédéral favorisant la production d’éthanol, qu’il a évalué à près de 12 milliards de dollars en 2006.
Le président brésilien Luiz Ignacio Lula da Silva, dont le pays est le deuxième plus important producteur de biocarburants dans le monde, a toutefois défendu l’éthanol à base de bagasse de canne à sucre.
« Cela me choque que les gens pointent les biocarburants du doigt, alors que ce doigt est enduit de pétrole et de charbon », a-t-il dit.
Les biocarburants peuvent « au contraire devenir un outil important pour sortir les pays de l'insécurité alimentaire », rapporte l’AFP.
La FAO a pour sa part distribué hier un document qui quantifiait l’impact des biocarburants sur le marché du grain : « Les biocarburants sont responsables de 59 % de la croissance de la demande en céréales secondaires et en blé entre 2005 et 2007, et de 56 % en ce qui a trait aux huiles végétales ».
Le rôle de la spéculation examiné
À Washington, la U.S. Commodity Futures Trading Commission a annoncé plusieurs mesures visant à diminuer la spéculation sur le marché des denrées alimentaires aux États-Unis.
Des investisseurs institutionnels et autres fonds d’investissement ont accru de manière très importante leur présence sur la bourse des marchandises, notamment dans le domaine agricole.
Depuis cinq ans, c’est pas moins de 240 milliards de dollars qui auraient été injectés sur ce marché. Ces acteurs seraient dorénavant responsables de 40 % des transactions sur les bourses des marchandises aux États-Unis.
Or cette spéculation contribue à un décalage de plus en plus important entre le prix « réel » des denrées comme le maïs, le coton, la canola et le blé, et les contrats à terme devant servir de coussins de sûreté aux agriculteurs.
Plusieurs mesures relativement complexes seront donc mises de l’avant par la CFTC afin d’améliorer la transparence de ce marché, et d’imposer des limites sur les transactions pouvant être effectuées sur des marchés spécifiques.
Fait rarissime, la CFTC a annoncé publiquement qu’elle enquêtait sur des transactions effectuées sur le marché du coton en mars dernier, et ce avant que cette enquête soit terminée. En une seule journée, le cours du coton a bondi de 28 %, et ce malgré une annonce contradictoire signalant un surplus de coton sur le marché.
L’organisation dit que cette communication accrue vise à rassurer le marché, actuellement dans une phase très volatile.
Pour aller plus loin :
www.guardian.co.uk Guardian
www.fao.org Conférence de la FAO
www.cftc.gov Mesures de la CTFC