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Fleuve Saint-Laurent: Scénario catastrophe à l'horizon

Le niveau de l'eau pourrait chuter de plus d'un mètre à Montréal d'ici 2050 lors des périodes sèches.

par Hugo Joncas
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Texte mis en ligne le 18 octobre 2007 à 11:49
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Fleuve Saint-Laurent: Scénario catastrophe à l'horizon
Le niveau d'eau prévu du fleuve Saint-Laurent au cours des prochaines décennies. Photo: Ressources naturelles Canada
Fleuve Saint-Laurent: Scénario catastrophe à l'horizon
Le niveau de l'eau pourrait chuter de plus d'un mètre à Montréal d'ici 2050 lors des périodes sèches.
Le niveau du fleuve Saint-Laurent a atteint son niveau le plus bas cette année à la fin septembre : près de 50 centimètres sous le niveau normal, selon le Port de Montréal.
C'est beaucoup, mais peu en regard des prévisions. Si le pire scénario de baisse du niveau du Saint-Laurent se réalise dans les prochaines décennies, le niveau d'eau devant le port de Montréal pourrait se retrouver 1,25 mètre sous la normale !

Cette baisse de niveau du fleuve pourrait être atteinte si le pire scénario climatique - très chaud et très sec - se concrétise dans le Nord-Est américain, selon les projections jusqu'en 2050 de Denis Lefaivre, un scientifique de Pêches et Océans Canada.

Des solutions pour le moins radicales devront alors être envisagées : dragage du fond, construction de digues ou d'un barrage avec écluse en amont de Trois-Rivières.

Ces solutions théoriques sont évoquées dans une étude du Comité de concertation navigation du Plan Saint- Laurent, composé de représentants des divers ministères provinciaux et fédéraux impliqués dans le dossier et des représentants de l'industrie maritime.

Selon M. Lefaivre, qui a participé à l'étude du Comité, les niveaux d'eau descendront à coup sûr en deçà du niveau de 2001, le plus bas depuis 1964. Et ce, même si le scénario le plus optimiste - humide et moins chaud - se réalise.

Impacts tous azimuts

" Les modèles climatiques donnent une idée des températures dans le futur, dit Jean-François Cantin, chef de la section hydrologie pour le Québec au Service météorologique canadien. Mais ça prend plus de calculs pour savoir comment cela va se traduire en précipitations. Il y a même un modèle de prévision qui prédit une hausse du niveau du fleuve ! "

Mais la très grande majorité des projections scientifiques prévoient qu'il y aura moins d'eau dans le Saint-Laurent. Si, comme le craint le Comité, le niveau du fleuve descend de un mètre durant les automnes les plus secs, les conséquences seraient énormes pour l'environnement et l'ensemble des utilisateurs du fleuve.

D'abord, ces bas niveaux menaceraient la navigation commerciale en amont de Québec, en diminuant la capacité de chargement des navires, donc la rentabilité des voyages.

Ces dernières années déjà, des bateaux transportant de la marchandise en vrac ont dû s'arrêter dans des ports en aval de Montréal, surtout à Québec, pour décharger une partie de leur cargaison. C'était le seul moyen, pour certains cargos, de continuer leur route jusqu'à la métropole sans risquer de toucher le fond du chenal.

France Poulin, directrice des communications au Port de Montréal, refuse cependant de commenter les scénarios à long terme. " L'industrie a su s'adapter à la variation des niveaux d'eau du Saint-Laurent ", notamment grâce à la navigation par système de positionnement mondial (GPS), se contente-t-elle de mentionner.

Le Port de Montréal n'a d'ailleurs pas intérêt à s'alarmer quant au niveau de l'eau devant ses quais. Le trafic des ports à conteneurs en eau profonde comme Halifax et Charleston, en Caroline du Sud, croît plus vite que celui de Montréal depuis 1992. Avec le réchauffement climatique et la hausse du niveau des océans, ces ports auront encore plus d'eau.

Pendant ce temps, Montréal souffrira de la baisse du niveau des Grands Lacs, principale source du fleuve Saint-Laurent. La plupart des modèles de prévision hydrographiques tablent sur une diminution constante des précipitations dans cette région d'ici 2030. La hausse des températures augmentera également l'évaporation dans ces véritables mers d'eau douce.

La question de l'eau potable

Résultat : certaines villes devront sans doute déplacer des prises d'eau pour alimenter leurs usines d'eau potable.

La navigation de plaisance sera aussi très affectée. Des marinas devront être déplacées. Des portions du fleuve ne seront plus navigables, devenues trop dangereuses à cause de nouveaux hauts fonds.

La perte d'une quantité d'eau importante aura également un impact négatif sur le riche habitat faunique qu'est le Saint-Laurent.

" Dans ces circonstances, ne rien faire, pour moi, ce n'est pas une solution compatible avec le développement durable, dit Pierre D'Arcy, coordonnateur du Comité de concertation navigation. En Louisiane, c'est l'erreur qu'ils ont faite : ils n'étaient pas préparés à un scénario extrême. "

Dans la région des Grands Lacs, ce scénario implique des sécheresses à répétition dans le Mid West américain. À long terme, plusieurs experts en hydrographie craignent que Washington ne finisse par autoriser des détournements d'eau majeurs. Si c'est le cas, l'eau se ferait encore plus rare dans le Saint-Laurent, et le scénario catastrophe - une baisse de un mètre du fleuve - pourrait devoir être révisé à la hausse.



Ce texte est tiré du journal Les Affaires du 20 au 26 octobre 2007.



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www.visiondurable.com

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