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Alcan ne craint pas les pannes

Un projet d'aluminerie en Afrique du Sud soulève la question de la pollution au charbon

par Charles-Albert Ramsay
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Texte mis en ligne le 26 avril 2007 à 14:31
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Alcan ne craint pas les pannes
Un projet d'aluminerie en Afrique du Sud soulève la question de la pollution au charbon
CAPE TOWN - Alcan envisage de construire une de ses plus importantes alumineries, le projet Coega, à Port Elizabeth, en Afrique du Sud.
Le hic : les pannes de courant sont chroniques dans ce pays, et l'électricité fournie à la multinationale sera générée par des centrales au charbon, parmi les plus polluantes du monde.

" L'électricité se fait tellement rare, nous sommes tous étonnés de voir qu'on en offre à Alcan ", dit Patrick Bond, économiste et directeur du Centre for Civil Society de l'université du KwaZulu-Natal.

L'Afrique du Sud traverse une crise énergétique. Sous-estimant la croissance de la demande, le gouvernement a empêché la société d'État Eskom de construire de nouvelles centrales entre 2001 et 2004. Or, depuis six ans, la croissance économique a permis à des centaines de milliers de Noirs d'accéder à la classe moyenne (et de consommer davantage d'énergie). Dans un même temps, des millions de familles noires des townships (bidonvilles), incapables de payer leur facture d'électricité, se sont branchées illégalement au réseau.

Ce dernier est surchargé et des pannes de courant paralysent sporadiquement le pays depuis l'an dernier. Le courant de la société d'État Eskom est généré à 92 % par des centrales au charbon, parmi les plus polluantes au monde. Une situation qui n'est pas près de changer : le pays regorge de charbon alors qu'il est dépourvu de plans d'eau et de gaz naturel.

" Le charbon est un enjeu ", concède Hal Spencer, pdg du projet Coega chez Alcan. Un enjeu dont doit tenir compte l'entreprise, qui figure au palmarès des dix entreprises les plus vertes du monde de la revue américaine Fortune.

Mais si le charbon pollue, l'aluminium, de son côté, contribue à réduire les gaz à effets de serre, plaide Hal Spencer. " Que ce soit sur le plan des transports ou du cycle de vie de l'aluminium, on sait que le bilan global pour l'environnement est positif. "

Contrat secret

Coega a d'abord été le projet de la française Péchiney, acquise par Alcan en 2003. Lors des premières négociations, dans les années 1990, Eskom affichait un solide surplus énergétique. Aujourd'hui, la société d'État remet en service d'anciennes centrales pour colmater les brèches. Elle n'écarte ni le nucléaire, ni le charbon, ni des énergies renouvelables comme l'éolien.

C'est dans ce contexte qu'Alcan a signé avec Eskom, en décembre 2006, un contrat de fourniture de 1 300 MW d'électricité sur 25 ans. Le contrat commence en 2010 et le prix a été gardé secret. " Nous n'avons pas eu l'électricité à bas coût, insiste M. Spencer. "

Eskom ne prévoit pas d'ouvrir de nouvelles centrales pour alimenter l'usine d'Alcan, comme c'est généralement le cas pour une aluminerie, un client plutôt gourmand.

En cas de pénurie, Eskom privilégiera-t-elle Alcan ou le reste du réseau ? L'entreprise n'a pas répondu aux questions des AFFAIRES à ce sujet.

L'aluminerie Coega a l'appui du gouvernement, qui y voit une solution pour dynamiser une de ses régions les plus pauvres. Bien que le taux de chômage y ait reculé depuis son sommet de 49 % en 1996, il se situe toujours à 32 %, soit trois points au-dessus de la moyenne nationale.

On a investi des millions de dollars pour installer un port de mer dans la zone industrielle Coega, située dans la province de l'Eastern Cape, afin d'attirer des capitaux étrangers.

Déjà, plusieurs constructeurs automobiles y ont élu domicile, comme General Motors et Volkswagen, en plus de À150 fournisseurs de pièces.

Ce reportage a été réalisé grâce à la Bourse Nord-Sud.

charles-albert.ramsay@transcontinental.ca

Encadré(s) :

Au sujet de Coega

L'usine d'Alcan devrait coûter 2,7 milliards de dollars US (G$ US) et créer 1 000 emplois. Sa capacité prévue est de 720 000 tonnes grâce à la technologie AP 30, la plus courante parmi les nouvelles alumineries. L'annonce officielle du projet devrait avoir lieu à la mi-2008. En attendant, Alcan doit choisir une firme d'ingénierie pour la construction de l'usine. Elle doit aussi finaliser le choix de ses partenaires. Alcan veut conserver moins de 40 % du capital-actions de cette coentreprise. Une participation du gouvernement d'Afrique du Sud est possible, par l'intermédiaire de la Industrial Development Corporation, l'équivalent sud-africain de la Société générale de financement du Québec.

Bien que les investissements étrangers ne soient pas soumis aux règles du Black Economic Empowerment, le projet y sera conforme. Alcan prévoit réserver une part d'au moins 26 % des actions pour un groupe d'investisseurs noirs.

Cet article est tiré du journal Les Affaires, édition du 28 avril 2007.

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