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Des rejets devenus matières utiles

La valorisation des résidus n'est qu'un des outils de l'écologie industrielle.

par Stéphane Gagné
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Texte mis en ligne le 8 mai 2008 à 15:00
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Des rejets devenus matières utiles
L'écologie industrielle cherche notamment à valoriser les résidus miniers, qui sinon sont parfois entreposés dans l'eau. Photo: Vertigo UQAM
Des rejets devenus matières utiles
La valorisation des résidus n'est qu'un des outils de l'écologie industrielle.
En 2006, Sintra a fait preuve d'audace en commercialisant un matériau de recouvrement de route composé en partie de résidus industriels de bardeaux d'asphalte. On a alors vanté les mérites de ce procédé permettant de réutiliser une partie des 200 000 tonnes de bardeaux usagés qui aboutissent dans les sites d'enfouissement.
C'est Olga Solomatnikova, agente de recherche au Centre de recherche industriel du Québec (CRIQ), qui a développé le procédé. Participant à plusieurs projets de valorisation des résidus industriels, la chercheuse travaille en ce moment à la valorisation des résidus de bauxite, un déchet produit en quantité par les alumineries québécoises. "Ce résidu pourrait être transformé sous forme de granulats servant à la production de béton léger", dit Mme Solomatnikova.

Un concept à intégrer

La valorisation des résidus industriels n'est qu'un des multiples outils dont dispose l'écologie industrielle pour concrétiser le développement durable. Selon Yves Fortin, directeur du Technocentre en écologie industrielle, il en existe plusieurs autres : l'analyse du cycle de vie d'un produit ou d'un service; l'écoconception, soit la prise en compte de l'impact d'un nouveau produit sur l'environnement; l'écoefficacité, c'est-à-dire trouver le moyen de faire plus avec moins. À cette liste, on peut ajouter la responsabilité sociale et environnementale (RSE), un concept selon lequel les entreprises intègrent des préoccupations sociales, environnementales et économiques dans leurs activités.

L'écologie industrielle, vue sous l'angle très large du Technocentre, n'est toutefois pas encore passée dans les moeurs des gestionnaires, constate Yves Fortin. Ce dernier travaille à mieux faire connaître ce concept d'abord dans sa région. Il collabore notamment avec la municipalité de Sorel-Tracy en l'aidant à mettre en place un programme d'efficacité énergétique pour ses bâtiments, par exemple.

En utilisant les outils de gestion de l'écologie industrielle, le Technocentre a pour objectif d'aider entreprises et organisations à s'inscrire dans une démarche de développement durable.

De l'aide technique

Cet organisme est en fait le dernier rejeton du Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTEI). Fondé en 1999, le CTTEI s'est donné pour mission, en concertation avec d'autres acteurs de la région, de faire de Sorel-Tracy la technopole en écologie industrielle au Québec. "On y travaille depuis 1995, affirme Hélène Gignac, directrice générale du CTTEI. Nous avons d'ailleurs un plan stratégique 2005-2010 qui met l'écologie industrielle au premier plan. Tous les décideurs de la région se mobilisent vers l'atteinte de cet objectif."

En plus de faire de l'éducation et de la sensibilisation à l'écologie industrielle, l'organisme offre de l'aide technique aux entreprises de la région qui souhaitent valoriser leurs résidus industriels. Des entreprises comme QIT - Fer et Titane et ArcelorMittal qui transforment de grandes quantités de minerai et produisent beaucoup de résidus. Ces derniers sont déjà recyclés en partie en agrégats pour les routes, en abrasifs pour le nettoyage à jet et en sable naturel utilisé pour la filtration de l'eau. "L'entreprise Matériaux Excel met en valeur à elle seule 750 000 tonnes de résidus industriels non dangereux par année", affirme Mme Gignac.

Il en reste beaucoup à valoriser. La recherche se poursuit donc pour créer des produits à valeur ajoutée. "Nous travaillons avec QIT - Fer et Titane, ArcelorMittal et Matériaux Excel à développer un produit de remplacement des sels de voirie à partir de résidus métalliques, dit Mme Gignac. Il sera biodégradable, non nocif pour l'environnement et pourra être utilisé à des endroits vulnérables [près des cours d'eau ou sur les ponts]."

Ce texte est tiré du journal Les Affaires du 10 au 16 mai 2008.