Des technologies abordables existent toutefois pour réduire dès maintenant ces émissions
Alors que la grande majorité des efforts en matière de changements climatiques est concentrée sur le dioxyde de carbone (CO2), des chercheurs soulignent que la réduction de la suie permettrait des progrès importants et rapides.
C’est en fait le carbone noir, un élément important de la suie, qui aurait des impacts régionaux importants sur le climat. Cet élément aurait un impact de trois à quatre fois plus important que prévu auparavant, et serait le deuxième principal contributeur aux changements climatiques, après le CO2.
Des dynamiques régionales différentes
La suie provient de sources différentes selon les régions. En Inde, c’est la combustion de fumier et de bois dans les maisons, pour faire la cuisine, qui est la plus grande source de suie. L’Organisation mondiale de la santé estime que 400 000 enfants et femmes meurent chaque année en Inde à cause de cette pollution.
Du côté de la Chine, c’est plutôt le charbon brûlé pour le chauffage, la production électrique et les utilisations industrielles qui représente la principale source de suie. La quantité de suie aurait doublé entre 2000 et 2006 en Chine, selon les chercheurs universitaires Veerabhadran Ramanathan et Greg Carmichael.
En Asie du Sud et de l’Est, la suie se mélange avec d’autres polluants atmosphériques et la poussière pour former des « nuages bruns », qui réchauffent le climat et modifient l’hydrologie des régions affectées.
La suie réduit notamment l’albédo, soit le réfléchissement des rayons solaires par les nuages, la terre et l’eau. Le carbone noir qui tombe sur la neige ou les glaciers accélèrent également leur fonte en changeant leur couleur, puisqu’ils absorbent davantage de l’énergie solaire normalement réfléchie par la neige blanche.
Ce phénomène serait particulièrement inquiétant dans les montagnes de l’Himalaya, dont le système hydrique alimente en eau fraîche des centaines de millions de personnes en Inde et en Chine.
Les pays occidentaux produisent également de la suie, mais c’est le transport au diesel qui est le principal coupable. « Les émissions per capita de carbone noire aux États-Unis et en Europe sont comparables à celles en Asie du Sud et de l’Est », affirme M. Ramanathan.
Des solutions rapides et abordables
Alors que les émissions de CO2 sont intimement reliées à l’économie, et sont donc très difficiles à réduire drastiquement, plusieurs technologies commerciales permettent déjà de réduire les émissions de suie.
Selon les chercheurs, le fait de remplacer les cuisinières artisanales par des cuisinières captant les fumées émises lors de la cuisson ou fonctionnant à l’énergie solaire permettrait de réaliser des gains notables, notamment en matière de santé publique en Inde.
Des technologies existent également afin de réduire la suie produite lors de la combustion du charbon.
La combinaison de ces deux approches permettrait de réduire de 70 à 80 % le réchauffement du climat relié au carbone noir en Asie du Sud, et de 20 à 40 % en Asie de l’Est.
Puisque la suie n’a qu’une durée de vie d’environ une semaine, l’impact serait visible très rapidement. Les projets s’attaquant au carbone noir pourrait donc fournir des progrès tangibles avant la fin de la décennie, plutôt que d’ici quelques décennies…
Pour aller plus loin :
www.nature.com Étude : Global and regional climate changes due to black carbon